Crevette arlequin : tout savoir sur ce petit crustacé spectaculaire
Les récifs coralliens sont parmi les écosystèmes les plus riches de la planète. Ils abritent une incroyable diversité de créatures, de toutes formes et de toutes tailles. Des plongeurs du monde entier se rendent dans des endroits encore relativement préservés, comme l’archipel des Mergui au Myanmar, dans l’espoir d’apercevoir des animaux aussi impressionnants que les grandes raies manta… ou aussi minuscules que les nudibranches et les petits crustacés qui se cachent dans les récifs.
Si vous êtes passionné par la macro-vie sous-marine, vous avez probablement déjà entendu parler de la crevette arlequin. Avec ses couleurs extraordinaires, ses grands yeux et son régime alimentaire pour le moins particulier, cette minuscule crevette est l’une des créatures les plus fascinantes que l’on puisse rencontrer lors d’une plongée.

Comment reconnaître une crevette arlequin ?
La crevette arlequin appartient à la famille des Hymenoceridae et au genre Hymenocera. Elle est facilement reconnaissable grâce à sa silhouette particulière et surtout à sa coloration spectaculaire.
Ses pinces sont relativement grandes et aplaties, tandis que ses antennes et ses organes sensoriels jouent un rôle essentiel lorsqu’elle recherche ses proies. Ses appendices sensoriels lui permettent notamment de détecter les substances chimiques présentes dans l’eau et de localiser les étoiles de mer dont elle se nourrit.

Quelle est la taille des crevettes arlequin ?
La crevette arlequin reste un tout petit animal. Les femelles peuvent atteindre environ 5 cm, tandis que les mâles sont généralement beaucoup plus petits.
Mais ce n’est certainement pas sa taille qui attire l’attention. Sa carapace claire est décorée de grandes taches très contrastées, donnant à cette crevette l’apparence d’un minuscule costume de carnaval. C’est précisément ce mélange de taille réduite et de couleurs extravagantes qui en fait un sujet particulièrement recherché par les photographes sous-marins.
Il existe également une variation géographique de la coloration. Dans l’océan Indien, notamment chez Hymenocera elegans, les motifs peuvent présenter des teintes orange, violettes ou bleutées. Dans le Pacifique, Hymenocera picta présente généralement des motifs différents, avec notamment des tons roses, violets et jaunes.

Les crevettes arlequin peuvent-elles changer de couleur ?
La coloration des crevettes arlequin est l’une de leurs caractéristiques les plus remarquables. Des observations en aquarium ont parfois conduit à rapporter des changements d’intensité ou d’apparence des couleurs, mais les histoires selon lesquelles elles changeraient complètement de couleur en fonction de leur humeur doivent être considérées avec prudence.
Ce qui est certain, c’est que leurs motifs très contrastés jouent probablement un rôle important dans leur signalisation visuelle. Chez de nombreux animaux marins, une coloration vive peut constituer un signal adressé aux prédateurs potentiels. Pour la crevette arlequin, cette apparence spectaculaire pourrait donc participer à sa stratégie de défense, même si son rôle précis reste plus complexe qu’un simple avertissement de toxicité.

Un nid douillet pour se cacher
Les crevettes arlequin vivent généralement sur ou à proximité des récifs coralliens, dans des zones où elles peuvent trouver des abris. Elles sont souvent observées dans les crevasses, sous les surplombs ou entre les branches des coraux.
Ces petits crustacés ont tout intérêt à rester discrets : malgré leurs couleurs magnifiques, ils sont eux-mêmes suffisamment petits pour devenir la proie de nombreux poissons et autres prédateurs du récif.

On les rencontre souvent en couple. Lorsqu’un duo trouve un abri favorable et une source de nourriture suffisante, les deux individus peuvent rester dans la même zone pendant une longue période. Leur comportement est particulièrement intéressant à observer, notamment lorsqu’ils recherchent ensemble une proie.
On pourrait facilement trouver cela très romantique. Mais chez les crevettes arlequin, cette association a probablement surtout des avantages très pratiques : rester ensemble peut faciliter la reproduction et permettre aux deux individus de coopérer lorsqu’ils capturent une proie.
Le romantisme à la manière d’une crevette arlequin
Comme beaucoup d’autres crustacés, les crevettes arlequin doivent régulièrement muer. Elles abandonnent alors leur ancien exosquelette afin de permettre à leur nouveau squelette externe de se développer.
Cette période est particulièrement délicate, car l’animal est temporairement dépourvu de la protection rigide que lui procure son exosquelette. Trouver un refuge sûr dans le récif est donc essentiel.

Après la fécondation, la femelle porte ses œufs sous son abdomen jusqu’à leur éclosion. Comme chez beaucoup de petits crustacés marins, la reproduction produit un grand nombre de descendants, dont seule une petite partie atteindra l’âge adulte.
Les larves passent par plusieurs étapes de développement avant de rejoindre définitivement le monde des récifs. Cette phase larvaire est particulièrement vulnérable et constitue l’un des nombreux obstacles auxquels doivent faire face les jeunes crevettes avant de devenir les magnifiques petits animaux que les plongeurs peuvent observer.

Que mangent les crevettes arlequin ?
Voici probablement la partie la plus surprenante de l’histoire.
Malgré leur petite taille, les crevettes arlequin se sont spécialisées dans un type de proie bien particulier : les étoiles de mer. Elles peuvent également consommer certains autres échinodermes lorsque leurs proies habituelles sont difficiles à trouver, mais les étoiles de mer constituent leur nourriture de prédilection.
Et oui, une minuscule crevette de quelques centimètres peut s’attaquer à une étoile de mer beaucoup plus grosse qu’elle.

« Les crevettes arlequin sont-elles fétichistes ? »
On pourrait presque le croire : les pieds d’étoiles de mer sont effectivement au menu !
Comment les crevettes arlequin capturent-elles les étoiles de mer ?
La chasse est particulièrement impressionnante à observer. Les crevettes utilisent leurs antennes et leurs capacités sensorielles pour localiser leur proie. Lorsqu’un couple travaille ensemble, les deux individus peuvent ensuite coopérer pour immobiliser l’étoile de mer.
Grâce à leurs pinces et à leur technique de manipulation, elles sont capables de retourner ou de déplacer leur proie pour la ramener vers leur refuge. Une fois l’étoile de mer immobilisée, les crevettes peuvent commencer à se nourrir de ses tissus.
Cette stratégie est d’autant plus remarquable que la proie est souvent beaucoup plus grande que ses prédateurs.

Une curieuse relation entre les crevettes arlequin et les étoiles de mer
Le comportement alimentaire de la crevette arlequin peut sembler particulièrement cruel vu de notre point de vue humain. Mais sous l’eau, il s’agit simplement d’une stratégie de survie remarquablement spécialisée.
Les crevettes peuvent conserver leur proie dans leur refuge et s’en nourrir progressivement. Elles évitent ainsi de devoir repartir immédiatement à la recherche d’une nouvelle étoile de mer.
Dans certaines situations, une étoile de mer peut même tenter de se défendre en abandonnant un bras. Les étoiles de mer possèdent en effet d’étonnantes capacités de régénération. Cependant, cette stratégie ne garantit évidemment pas sa survie face à un prédateur aussi spécialisé.
Lorsque les étoiles de mer sont difficiles à trouver, les crevettes arlequin peuvent également consommer d’autres échinodermes, notamment certains oursins. Cela reste toutefois une ressource alimentaire secondaire par rapport à leurs proies habituelles.
Une relation fascinante avec le récif
La relation entre les crevettes arlequin et les récifs est particulièrement intéressante. Les crevettes trouvent dans les structures coralliennes des abris et des endroits où elles peuvent vivre et chasser, tandis que leur activité de prédation participe à la dynamique naturelle des populations d’étoiles de mer.
Certaines étoiles de mer peuvent elles-mêmes avoir un impact important sur les coraux. C’est notamment le cas de la couronne d’épines (Acanthaster), qui se nourrit de coraux et dont les épisodes de forte abondance peuvent contribuer à la dégradation de récifs.
Il serait cependant exagéré de considérer les crevettes arlequin comme une solution naturelle capable de contrôler à elles seules les populations de couronnes d’épines. Elles jouent un rôle à leur échelle dans l’écosystème, mais leurs populations sont trop limitées pour remplacer les mécanismes naturels complexes qui régulent les récifs.

Les crevettes arlequin sont-elles en danger ?
Comme beaucoup d’animaux dépendant des récifs coralliens, les crevettes arlequin sont indirectement concernées par les menaces qui pèsent sur leur habitat. Le changement climatique, le réchauffement de l’océan, le blanchissement des coraux, la pollution et la dégradation physique des récifs peuvent tous affecter les écosystèmes dont elles dépendent.

La disparition ou la dégradation des récifs peut avoir des conséquences en cascade. Si les habitats disponibles diminuent, les crevettes disposent de moins d’abris et de territoires adaptés. La disponibilité de leurs proies peut également changer avec la transformation de l’écosystème.
Il existe aussi une autre menace : le commerce aquariophile. Les crevettes arlequin sont très recherchées en raison de leur apparence spectaculaire et de leur comportement inhabituel. Leur maintien en aquarium nécessite cependant une alimentation très spécialisée, puisque leur régime repose principalement sur les étoiles de mer.
Pour un plongeur, il est difficile de résister à leur beauté. Mais nous préférons évidemment les voir vivantes et libres sur les récifs, là où elles jouent leur rôle naturel dans l’écosystème marin.

Lors de nos croisières de plongée au Myanmar, nous avons régulièrement l’occasion de chercher ces petites stars de la macro-vie dans les récifs de l’archipel des Mergui. Il faut parfois beaucoup de patience et un bon œil pour les repérer, mais lorsque leurs couleurs apparaissent enfin entre les coraux, la récompense est à la hauteur de l’attente.
Leur alimentation est peut-être un peu douteuse, leur méthode de chasse plutôt impressionnante et leur comportement parfois difficile à interpréter… mais il faut bien reconnaître une chose : les crevettes arlequin sont absolument magnifiques !
Et pour les photographes sous-marins, elles représentent un sujet macro exceptionnel.
Classification de la crevette arlequin
Règne : Animalia
Embranchement : Arthropoda
Sous-embranchement : Crustacea
Classe : Malacostraca
Ordre : Decapoda
Infra-ordre : Caridea
Famille : Hymenoceridae
Genre : Hymenocera
Espèces : Hymenocera elegans et Hymenocera picta

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